Younoussa BAMANA

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Younoussa BAMANA

Né le 1er avril 1935, dans le sud de l’île, il est issu d’une famille de propriétaires terriens de la paysannerie mahoraise. Fils de cultivateur il a été élevé parmi ses dix frères et soeurs.

Si son parcours est néanmoins si hors du commun, c’est aussi parce qu’il a bénéficié d’un coup de pouce du destin. L’une de ses grand-mères, qui avait vécu à Madagascar, est venue le chercher, lorsqu’il avait une huitaine d’années, pour l’élever sur Petite-Terre. Younoussa Bamana bénéficiera de l’école française et effectuera sa primaire à Dzaoudzi.

Ardent défenseur de Mayotte française

Younoussa Bamana, ancien membre de l’Union pour la Défense des Intérêts de Mayotte (UDIM), âgé de 72 ans, était l’une des figures majeures de la lutte pour le maintien de Mayotte dans la République française.
Alors qu’il était sur le point de se retirer de la vie politique mahoraise, il insistait sur le fait d’être « Mahorais avant d’être français » et ne niait aucunement les liens de sang et de cousinage entre Mayotte et les trois autres îles des Comores que sont Anjouan, Mohéli et Grande-Comore. A ce propos, il précisait qu’« on ne peut pas vivre seul. On ne peut pas vivre dans l’océan Indien, éloigné de Madagascar, éloigné des Comores ou de l’Afrique. »

Il était avant tout un défenseur de l’indépendance de Mayotte vis-à-vis de son giron géographique et historique. Il considérait que :« Nous sommes quatre frères mais doit-on habiter dans la même maison ? Les quatre frères avec leurs femmes, leurs enfants doivent-ils rester dans la même maison ? Non ! Moi, je choisis d’être chez moi et ensuite je compose. Je peux inviter mes frères et sœurs un jour si le père est là pour un conseil de famille. Voilà comment je conçois les choses. Mais que les Comores réclament systématiquement Mayotte comorienne… Là, on ne se comprend plus. Nous avons choisis une grande nation, la France. Nous voulons être département français pour être libre ».

Toutefois, pragmatique, le Mahorais, le plus populaire, avertissait que : « Tant que le gouvernement français et les autorités comoriennes ne développeront pas la coopération, ça ne marchera pas. On peut en renvoyer tous les jours, ils reviendront. Allez pisser sur le mont Choungui, ça tombe quand même dans le lagon ».

Une figure politique populaire

Younoussa Bamana était le plus jeune député des Comores, en 1957 alors âgé de 22 ans, apparaissait souvent au regard des Mahorais comme le garant de « l’anti-indépendance » comme d’autres piliers tels que Zéna Mderé, Zakia Madi, Zaïna Meresse, Bweni Mtiti, Coco Madi, Marcel Henry ou Adrien Giraud.
Populaire, il l’était comme ce mouvement auquel il a appartenu qui s’appelait le Mouvement Populaire Mahorais et dont les thèses départementalistes vieilles d’un peu moins d’un demi-siècle continuent d’alimenter les discours des candidats à la présidentielle et la députation comme ce fut le cas lors des derniers scrutins de 2007

Concernant la question de la départementalisation totale de Mayotte, Younoussa Bamana se montrait alors plus nuancé dans sa conception de l’évolution du statut : « Je ne demande pas une départementalisation, une intégration totale. Ce n’est pas possible »

Ses déceptions politiques

– En 1991 : Younoussa Bamana a été battu aux élections cantonales par Zaïna Idaroussi à Kani Kéli

Younoussa Bamana aimait le pouvoir au point où ses déconvenues politiques pouvaient l’affecter beaucoup. Battu par Zaïnadini Idaroussi, en 1991, dans son canton de Kani-Kéli, il n’était pas homme à renoncer aisément à la direction des affaires de la cité. Son parti le MPM, lui trouve un siège. Il sera élu aussitôt la même année à Chiconi sur provocation d’élections partielles

– En 1999 : l’éclatement de la grande famille du MPM et de la création du Mouvement Départementaliste Mahorais (MDM).
Durant les négociations sur les accords du nouveau statut de Mayotte en 1999, une partie des défenseurs historiques de la cause de Mayotte française lui auraient reproché d’avoir signé un document qui ne proposait pas la départementalisation totale et où il aurait été abrogé la possibilité pour les habitants de l’île d’être consulté directement avant 2010. Cette épisode sera à l’origine de l’éclatement de la grande famille du MPM et de la création du Mouvement Départementaliste Mahorais (MDM).

– En 2004: il échoue aux élections sénatoriales face à Adrien Giraud
L’autre grande blessure du politicien Bamana survient, en 2004, lorsqu’il échoue aux élections sénatoriales face à Adrien Giraud. Il avait refusé de faire campagne et pensait au vu de ce qu’il avait réalisé pour Mayotte, que les Mahorais lui se seraient redevables de ce poste de sénateur. Un autre épisode vécu difficilement pour lui…

Un mahorais comme les autres, à l’image de sa génération

Younoussa Bamana n’a jamais donné l’impression aux Mahorais d’avoir été différent d’eux.
Ce père de famille polygame a eu trois épouses et vingt-trois enfants. Il considérait que : « Avoir deux à trois femmes ne portait pas à conséquence [à l’époque]. Il est dit dans le Coran qu’il faut d’abord pouvoir pourvoir à leur vie quotidienne et les puis les aimer de la même façon. Là ça pose problème. Maintenant, les femmes ont beaucoup d’exigence nouvelle. Je vois mal un jeune qui gagne le SMIG ou le double entretenir deux femmes. Ce n’est pas vrai. Les femmes sont devenues plus exigeantes. C’est la vertu de l’exemple qui l’emporte. Ma voisine a un téléviseur pourquoi pas moi ? Ainsi de suite… Ce n’est plus le même contexte ».

A Mayotte, on n’est pas près d’oublier la silhouette nonchalante du Mzé qu’on pouvait rencontrer à tout moment marchant dans une rue où se promenant dans son champs racontant à ceux qui l’écoutait toute sortes d’anecdotes extraordinaires sur les relations qui étaient les siennes avec les institutionnels français de passage à Mayotte auxquels ils savait toujours faire sentir son amour pour ce pays qu’il l’avait vu naître.

ls auront été des milliers à l’accompagner aujourd’hui à Kani-Bé pour aller le déposer dans sa terre avec la simplicité qui caractérise chez les musulmans le retour de chaque être simplement enveloppé dans un linceul blanc. Des milliers de prières l’accompagneront durant les quarante jours qui suivent sa disparition. Des femmes et des hommes trouveront chaque jour le temps de penser à lui en s’adressant à Dieu pour qu’il repose en paix.

M’zé s’en est allé

L’ancien président du Conseil général de Mayotte est décédé, vendredi 22 juin 2007 au matin, à Mamoudzou. Le Mzé s’en est allé des suites d’une longue maladie au Centre hospitalier de Mamoudzou a-t-on appris vendredi matin.Un matin de Djoumoi, jour de la grande prière du vendredi, moment-clé dans la vie sociale des habitants de cette collectivité départementale française située entre l’Union des Comores et Madagascar.

Cet hasard a été vécu par l’ensemble des Mahorais, majoritairement musulmans, comme une preuve supplémentaire de la grandeur de cet homme dont les admirateurs sont forts nombreux dans cette île. Son rôle actif dans le combat pour Mayotte française y est pour beaucoup. La décès de Younoussa Bamana est un évènement retentissant dans la vie politique mahoraise où il apparaissait comme une sorte de repère. La fragile silhouette de l’homme au kofia [calotte], au verbe haut, qui fut durant vingt-sept ans président du Conseil général, va hanter la scène politique mahoraise par son absence.

©http://www.cg976.fr

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